
En matière de baux commerciaux et professionnels, la notification d’un congé par Lettre Recommandée avec Accusé de Réception (LRAR) s’apparente de plus en plus à une roulette russe juridique. La Cour de cassation vient de réaffirmer avec une sévérité absolue que la date de réception est celle de la remise effective. Un pli avisé mais non réclamé par son destinataire est dépourvu d’effet juridique et ne fait pas courir le délai de préavis. Décryptage d’une jurisprudence implacable qui impose de repenser les pratiques de notification.
La position ferme et constante de la Cour de cassation
La règle est désormais gravée dans le marbre jurisprudentiel. Par deux arrêts récents et particulièrement remarqués (Cass. 3e civ., 7 mai 2025, n° 23-13.151 et Cass. 3e civ., 12 févr. 2026, n° 24-14.383), la Haute Juridiction a balayé les arguments tenant à la mauvaise foi du destinataire.
Le mécanisme est binaire : pour qu’un délai de préavis commence à courir, la lettre doit être matériellement remise entre les mains de son destinataire. Si le facteur dépose un avis de passage et que le locataire ou le bailleur s’abstient, volontairement ou non, d’aller retirer le pli au bureau de poste, la notification est réputée n’avoir jamais eu lieu. La mention « pli avisé et non réclamé » apposée par les services postaux signe la mort juridique du congé.
Il est crucial de noter que cette sévérité s’applique avec la même rigueur aux Lettres Recommandées Électroniques (LRE). Si le destinataire ignore la notification numérique pendant le délai légal de 15 jours, l’effet est identique : le congé est inopérant.
Les conséquences dramatiques en immobilier d’entreprise
L’impact de cette jurisprudence est particulièrement dévastateur dans le cadre des baux commerciaux, où le formalisme et le respect des échéances (le fameux délai de six mois avant le terme de la période triennale) sont d’ordre public.
Que vous soyez bailleur souhaitant récupérer vos locaux ou preneur désirant rationaliser votre parc immobilier en résiliant un bail, le risque est symétrique. Un congé non réceptionné dans les temps stricts impartis par le Code de commerce rend la résiliation purement et simplement caduque. La conséquence financière est immédiate et sans appel : le maintien dans les lieux est acté, et le locataire se retrouve engagé pour une nouvelle période ferme de trois ans, avec l’obligation de s’acquitter des loyers et charges correspondants. La négligence postale se transforme alors en un passif financier majeur.
La recommandation CBRE Immo Pro : le recours systématique au commissaire de justice

Face à une jurisprudence qui prime la remise effective sur la tentative de notification, la gestion du risque impose un changement de paradigme. Si vous êtes à l’approche de la date limite pour délivrer votre préavis, bannissez définitivement la LRAR.
La seule stratégie juridiquement infaillible consiste à recourir à la signification par acte de commissaire de justice (anciennement huissier de justice). Contrairement aux services postaux, l’acte extrajudiciaire produit ses pleins effets juridiques à la date de la signification, c’est-à-dire le jour même du passage du commissaire de justice, et ce, que le destinataire soit présent, absent, ou qu’il refuse de recevoir l’acte. Le coût de cette intervention, de l’ordre de quelques dizaines d’euros, est absolument dérisoire au regard du risque financier colossal que représente un bail commercial non résilié. En matière immobilière, la sécurité juridique n’a pas de prix.